Spécialiste du football africain, il nous explique pourquoi le Sénégal peut faire mal aux Bleus
Entre 2010 et 2015, il a assisté à l'évolution du football sénégalais, qui ne s'est pas arrêté de progresser. Un témoignage précieux qui nous permet de comprendre pourquoi l'équipe de Pape Thiaw peut faire mal aux Bleus.
15 ans d'évolution du football sénégalais vues par l'ancien adjoint d'Alain Giresse sur le banc du Sénégal.
Entraîneur adjoint d’Alain Giresse au Sénégal, entre mars 2013 et janvier 2015 (avant d’être préparateur physique du Mali, entre avril 2015 et septembre 2017), David Le Goff a aussi travaillé avec l'Académie Diambars. Il suivra d’un oeil expert le match phare de la coupe du Monde entre la France et les finalistes de la CAN.
Au début des années 2000, le technicien breton de 50 ans a participé au développement de l’institut Diambars (fondé par les anciens professionnels, Jimmy Adjovi-Boco, Bernard Lama et Patrick Vieira, au côté de Saër Seck) au Sénégal. « J’ai appuyé l’équipe technique sur la méthodologie d’entraînement, pendant presque deux ans ».
David Le Goff voit le football sénégalais se structurer
Une expérience en Afrique qui lui a permis d’assister à l’éclosion de nombreux talents sénégalais, parmi lesquels Sadio Mané ou Idrissa Gana Gueye, toujours en équipe nationale. Aujourd’hui, cinq joueurs issus de l’institut Diambars (qui possède un club professionnel au plus haut niveau) font partie de la sélection de Pape Thiaw, qui affrontera les Bleus.
Il a également fait des audits au Mali, ce qui lui permet d’avoir un regard expert sur le développement du football africain en général, en plus du Sénégal, en particulier. « Il y a une quinzaine d’année, le football africain était peu structuré. Il y a un précurseur pour moi, c’est Jean-Marc Guillou (Académie Jean-Marc Guillou, à Bamako). Il a apporté une vision de l’organisation, dont se sont inspirés certains pays africains. Parmi eux, le Sénégal, à travers notamment l’académie Diambars ».
David Le Goff se rappelle de son expérience africaine. « Quand je vais au Sénégal, je connais l’académie Diambars, mais j’entends parler de Générations Foot, de Dakar Sacré Coeur… Par le biais des matchs auxquels j’assiste, je fais le tour de ces académies. Au delà du foot de rue, toujours très présent, il y a des choses qui se structurent ». C’était dans les années 2011, 2012, les éducateurs sur place se forment, aidés par des techniciens venus d’Europe, pour la mise en place des infrastructures.
Avec Alain Giresse, au carrefour des générations
« On commence à avoir plus de joueurs qui viennent continuer leur formations en Europe. Avec un niveau supérieur », explique le Breton. « Quand nous travaillons avec la sélection, avec Alain Giresse, nous assistons à une sorte de transition générationnelle, avec des joueurs comme Moussa Sow, qui était meilleur buteur de notre championnat, ou Demba Ba, et une génération de joueurs qui émergent, dont les premiers sont Sadio Mané et Idrissa Gana Gueye, qui feront la carrière qu’on leur connait. Aujourd’hui, Pape Thiaw a encore peaufiné son équipe, avec plus de joueurs qui peuvent prétendre au haut niveau international. Les joueurs, comme Mané et Gueye, puis d’autres, plus jeunes, se sont aguerris, à travers des bons clubs européens, en jouant les Coupes d’Europe ».
Pour David Le Goff, c’est ce qui fait toute la différence. « A l’époque, on avait quelques joueurs qui évoluaient en Europe dans des grands championnats, mais ce n’était pas la majorité. Un tiers évoluaient dans des grands championnats, les deux tiers étaient en Ligue 2 ou dans des championnats annexes. La principale évolution, c’est qu’aujourd’hui, les joueurs sénégalais évoluent tous des des grands championnats. C’est pour cela qu’ils peuvent rivaliser avec certaines équipes européennes ».
Pour le technicien de 50 ans, qui est dans l’attente d’un nouveau projet, le Sénégal est devant le Maroc. « Le Maroc s’est structuré un peu plus au niveau national. On voit qu’ils gagnent des titres chez les jeunes. Mais j’ai l’impression que le Sénégal a plus de potentiel, en volume et en qualité de joueurs ».
Le Sénégal moins à l'aise contre les blocs bas
De là à pouvoir rivaliser avec les meilleures équipes du Mondial ? « Oui, sans problème », estime Le Goff. Même si… « Contre la France, tout est possible, mais, quand on regarde les clubs dans lesquels évoluent les Sénégalais, par rapport aux Français, les Bleus c’est encore un cran au dessus. Dans le groupe sénégalais, il manque cette expérience en Coupe du Monde, à un moment donné dans la compétition, ça peut jouer. Dans la gestion des émotions ».
Reste l’essentiel, le jeu. Et sur un match tout reste possible. Notre spécialiste du football africain nous livre les clés du match « Le Sénégal est une équipe de transition. C’est une équipe qui sait défendre. Une équipe qui sait défendre en bloc et qui a besoin d’espaces pour attaquer. Ils vont chercher de l’espace pour mettre leurs joueurs offensifs dans les meilleurs conditions. S’ils tombent sur une équipe qui défend bas, ça peut leur poser des problèmes. On a pu l’observer à la CAN. Si vous leur laissez des espaces, ils ont les joueurs qu’il faut pour les prendre. Je trouve qu’ils ont plus de potentiel offensif que le Maroc par exemple ».
Tout dépendra du scénario du match et de l’attitude de l’Equipe de France. « Son point faible peut être quand elle attaque pour déstabiliser un bloc bas. Elle laisse des espaces dans son dos. Selon le scénario du match, le Sénégal peut avoir une carte à jouer. Si l’équipe de France prend le jeu à son compte, comme elle l’a fait contre l’Irlande du Nord, il peut la contrer. Pour en revenir à une comparaison Maroc - Sénégal - Côte d’Ivoire, je pense que le Sénégal est devant, mais attention à la Côte d’Ivoire, ce qu’elle fait est vraiment pas mal* »
*Commentaires faits avant la victoire de la Côte d’Ivoire contre l’Equateur (1-0).