Le Sénégal au Stade de France, tout sauf un hasard
Si le Stade de France accueille le Sénégal samedi soir, ce n'est rien d'un hasard. Mais un symbole fort en hommage à une nation très implantée dans le football français et une communauté très présente en Île-de-France.
Si le Stade de France accueille le Sénégal samedi soir, ce n'est rien d'un hasard. Mais un symbole fort en hommage à une nation très implantée dans le football français et une communauté très présente en Île-de-France.
Pour la première fois depuis son inauguration, en 1998, le Stade de France accueille, ce samedi 28 mars, un match de football amical sans l’Equipe de France. Il s’agit d’un symbole fort pour une communauté très représentée en France, qui a toujours beaucoup compté dans le football français. D’ailleurs, sur les 28 joueurs sélectionnés par Pape Thiaw, seulement quatre n’ont jamais joué en France : El Hadji Malick Diouf, Nicolas Jackson, Cherif Ndiaye et Assane Diao. Quand huit jouent encore en Ligue 1 : Mory Diaw (Le Havre), Yehvann Diouf (Nice), Moussa Niakhate (OL), Krepin Diatta et Lamine Camara (Monaco), Antoine Mendy (Nice), Habib Diallo (Metz) et Ibrahim Mbaye (PSG).
De Roger Mendy à Mamadou Niang, en passant par El-Hadji Diouf et Jules Bocandé... Ils ont marqué le football français
Environ 300 000 sénégalais vivent en France (citoyens français de parents ou même grands parents sénégalais compris), dont 25 footballeurs professionnels qui évoluent en Ligue 1 cette saison (et plus d’une trentaine en Ligue 2).
De grands joueurs sénégalais ont marqué de leur empreinte le championnat de France, à commencer par Mamadou Niang, capitaine emblématique de l’OM sous Deschamps, Souleymane Diawara (Bordeaux et OM), ou encore, l’ancien capitaine du Senegal quart de finaliste de la Coupe du Monde 2002, avant de remporter la CAN 2021 comme entraîneur, qui a passé trois saisons au PSG, Aliou Cissé. Et comment oublier Papa Bouba Diop (décédé) et El-Hadji Diouf qui ont marqué les grandes heures du football lensois.
Gervais Martel : « Le RC Lens a été un point de passage important pour les footballeurs sénégalais »
« Le RC Lens a toujours eu des relations particulières avec le football africain », explique Gervais Martel. « En 2002, on en a beaucoup parlé, parce qu’il y avait 4 joueurs du RC Lens dans l’équipe du Sénégal qui a battu la France à la Coupe du Monde ». Parmi eux, El-Hadji Diouf, qui a laissé une trace indélébile dans le coeur des Lensois. A l’époque, le club du Nord accueillait de nombreux africains, et était très populaire au Sénégal. « J’ai pu m’en apercevoir quand je me suis rendu au Sénégal pour les obsèques de Pep Bouba Diop. Le RC Lens a été un point de passage important pour les footballeurs sénégalais. Au même titre que d’autres pays africains, le Cameroun, la Côte-d’Ivoire, le Mali avec Keita ».
En février 2002, lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations remportée par le Cameroun face au Sénégal (0-0, 3 tirs au but à 2), pas moins de cinq Sang et Or étaient titulaires (Ferdinand Coly, Papa Bouba Diop et El-Hadji Diouf côté sénégalais, Rigobert Song et Marc-Vivien Foé pour le Cameroun)
A l’époque, ce n’était pas un hasard. « Le club était très présent au Sénégal, et, il faut le reconnaitre, ça coutait beaucoup moins cher d’avoir un joueur sénégalais ou Africain qu’un Européen », raconte l’emblématique président du Racing. Surtout que l’histoire nous a prouvé que le talent n’y perdait pas au change.
Abdoulaye Diallo (7 saisons à l’OM), Jules Bocandé (Metz, PSG, Nice et Lens), Thierno Youm (passé par Laval et Avignon, mais surtout, 136 matchs joués avec Nantes, entre 1987 et 1992), Oumar Sene (ancien capitaine et vraie légende du PSG) ont aussi contribué à graver l’histoire du Sénégal dans le football français, en tenant des rôles majeurs dans leurs clubs. D’ailleurs, à l’image d’un Roger Mendy, vainqueur de la Coupe de France et finaliste de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe avec Monaco, beaucoup ont été capitaines de leur équipe. Peu de gens savent aussi que, le papa de la star du foot allemand Leroy Sané, Souleymane Sané, est Franco-sénégalais et a joué en France au début des années quatre-vingt (Vitry, Viry-Chatillon, Blagnac).
Demba Gaye (vice-président de Villemomble) : « Une histoire particulière entre le football sénégalais et la France »
Demba Gaye, vice-président du club de Villemomble, en Seine-Saint-Denis, devrait être au Stade de France pour assister au match contre le Pérou. Né d’un papa sénégalais et d’une maman mauritanienne, il a grandi au Sénégal et ne manque aucun match des Lions de la Teranga. Il était d’ailleurs au Maroc pour suivre la CAN et, malgré la décision controversée de la CAF, compte bien fêter le titre.
« Dans mon entourage, ici, en Ile-de-France, tout le monde veut aller voir ce match. Je sais que l’on va aussi venir de province, de Belgique, d’Angleterre… Voir le Sénégal au Stade de France, c’est un évènement pour toute une communauté très importante à Paris, il y a une histoire particulière entre le football sénégalais et la France. Je trouve d’ailleurs dommage qu’il n’y ait pas eu un France - Sénégal organisé, il y a eu France - Cameroun et France - Algérie, mais pas de France - Sénégal ».
Au sein du club de Villemomble aussi, comme dans le nord de la capitale, dans le 18ème du côté de Château Rouge ou dans le 19ème, du côté de Stalingrad, l’esprit du Sénégal se partage. « Dans le club, on fait beaucoup de bruit… Beaucoup, même s’ils ne sont pas sénégalais portent le maillot et partagent notre passion. Il ne faut pas oublier que le Sénégal, c’est « la Téranga », l’hospitalité, le partage ».
Au restaurant Le Thiossane, entre une Teranga et un Maffé, les exploits de Sadio Mané et ses partenaires...
Interrogé sur la décision de la CAF, de retirer le titre au Sénégal, Demba Gaye a du mal à y croire. « Je pense que le TAS va rétablir les choses, parce que ce titre, nous l’avons gagné sur le terrain ». Derrière lui, on entend les milliers de voix des Sénégalais d’île-de-France, près à soutenir leur équipe n’importe où, et dans toutes les circonstances.
Une chose est sûre, samedi soir, il n’y a pas que le Stade de France qui va vibrer au rythme du Sénégal. Dans les 18ème et 19ème, mais aussi dans des lieux reconnus pour la gastronomie africaine, comme Le Thiossane, dans le 5ème arrondissement. Entre une « Téranga » en entrée et un bon Maffé, on y parle souvent des exploits de Sadio Mané et ses coéquipiers.