Gilles Veissière tacle l'arbitrage : « On a des arbitres stéréotypés, qu’on essaye de robotiser »

Gilles Veissière tacle l'arbitrage : « On a des arbitres stéréotypés, qu’on essaye de robotiser »
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Entretien vérité avec Gilles Veissière. Reconnu pour son franc-parlé, l’ancien arbitre international très critique sur l’évolution de l’arbitrage. 

Entre 1990 et 2005, Gilles Veissière a arbitré près de 300 matchs, dont une finale de Coupe de l’UEFA (Liverpool - Alaves 5-4), plusieurs matchs de Ligue des Champions, un match de Coupe du Monde et deux matchs au Championnat d’Europe. Mercredi 3 juin, l’homme de 66 ans, sort  « Monsieur l’Arbitre » (Editions Vaillant), un livre qui, à travers des souvenirs et des anecdotes, revient sur ses 15 ans de carrière. Mais le Niçois, au franc-parlé reconnu, ne se prive pas pour critiquer l’évolution de l’arbitrage et les méfaits de la VAR. Il nous a accordés un entretien exclusif, dans lequel il ne manie pas la langue de bois. 

Tout d’abord, pourquoi avoir décidé d’écrire un livre ?

Je n’ai pas d’ordinateur, j’en n'ai jamais eu… Mais je prends beaucoup de notes, j’écris beaucoup. J’étais tellement sollicité par des gens qui me demandaient de raconter mes anecdotes, avec mon franc-parlé, que j’ai fini par me dire, « je vais le faire ». Deux ans après, je sors ce livre. 

« On n’arbitre pas tous les matchs de la même manière »

L’arbitrage a considérablement évolué depuis le début des années 2000, ce n’est plus le même métier…

Déjà, à l’époque, nous étions amateurs, maintenant, ils sont professionnels. On avait le même terrain, le même nombre de joueurs, les mêmes difficultés, mais on n’avait pas le même statut. La différence est énorme. On est passé d’un arbitre amateur, qui avait son libre arbitre, car ce n’était pas ce qui nourrissait sa famille, à un arbitre professionnel, qui doit rendre des comptes.

C’était une évolution inévitable, obligatoire même ?

Tout à fait. Inévitable et obligatoire. Le football a tellement progressé sportivement, techniquement, tactiquement, physiquement, qu’il faut des arbitres préparés. Le football ne pouvait pas engager autant d’argent, avec celui qui a le plus de responsabilités pendant 90 minutes, comme amateur. Il fallait pouvoir parler de professionnel à professionnel. 

On sent bien que l’évolution du rôle d’arbitre ne vous satisfait pas…

Ce que je critique, c’est que, après les arbitres des années 2000, qui avaient le pouvoir d’arbitrer au fil du match, aujourd’hui on a des arbitres stéréotypés, qu’on essaye de robotiser, pour qu’on ait le même comportement à Lorient, Paris, Metz ou Marseille, dans des matchs qui ne sont pas les mêmes. On ne peut pas mettre les mêmes ingrédients dans tous les matchs. On a aseptisé les personnalités…

Plus de cohérence, c’est pourtant ce que demandent les entraîneurs et les présidents de club…

Que les règles soient appliquées de la même manière pour tout le monde, oui. Mais selon les matchs, on n’a pas le même engagement, pas le même niveau chez les joueurs. Donc, on ne peut pas avoir le même regard. On ne peut pas percevoir la même chose. L’implication, l’investissement, la force physique, la qualité des passes… Tout est différent. Ceux qui veulent une uniformité dans la façon d’abriter se trompent complètement. Demander une cohérence au niveau de l’utilisation des 17 lois du jeu, ça c’est possible. Mais après, si on ne laisse pas l’arbitre, au profit du spectacle, faire un arbitrage en fonction du match, qui peut être plus fluide, de sa personnalité… on va dans le mur. 

« Quand j’arbitre, je ne veux pas qu’un mec qui regarde le match dans un fauteuil vienne m’emmerder ! »

Cela justifie le fait d’abandonner la VAR ? Vous pensez que ce serait mieux sans ?

Non… Je dis juste que la VAR, comme on nous l’a vendu, on était tous d’accord. On nous a vendu la VAR pour « une erreur manifeste ». Moi, une « erreur manifeste », que ce soit dans ma vie de tous les joueurs ou ma vie professionnelle, je suis bien sûr à l’écoute. Mais quand c’est un mec qui est dans sa guittoune, qui regarde le match dans un fauteuil, qui vient m’emmerder, non ! Quand tout se passe bien et qu’un type, à des kilomètres de là, rentre dans mon match, alors qu’il n’a pas l’ambiance du terrain, les relations avec les joueurs, qu’il vient me dénaturer tout ça. Bien sûr que c’est utile pour rectifier des grosses erreurs, comme le but de la main de Maradonna ou la main de Vata, mais quand c’est pour annuler un but pour un hors-jeu, parce qu’il y a un doigt de pied qui dépasse… 

Certains anciens arbitres anti VAR vont quand même jusqu’à regretter ces erreurs, ce n’est pas votre cas ?

Non, absolument pas. C’est plus l’utilisation qu’on en fait qui ne me plait pas. Prenez la « goal line technologie », par exemple, voilà un outil moderne qui est un vrai plus. Elle permet à l’arbitre de ne pas se poser de question, d’être certain à 100% que le ballon a franchi la ligne ou pas. Elle est d’une efficacité incontestable.

« Pourquoi la VAR marche dans le rugby et pas dans le foot »

Ce qui n’est pas le cas de la VAR selon vous ?

Dans le livre, j’explique pourquoi la VAR marche bien en rugby et pas dans le football. Au rugby, on a un vrai dialogue qui s’instaure. On peut y voir une véritable convivialité à travers les échanges, avec des gens, des anciens arbitres internationaux notamment, qui sont là pour positiver. En football, on met des concurrents à l’arbitre à la VAR. Il faut savoir que si un arbitre de champs va voir les images, on peut lui minorer sa note. Il y a des arbitres, dont je ne citerais pas les noms, qui n’y vont pas. Ils vont minorer leur note et se mettre en difficultés dans le classement. 

Il y a des solutions efficace pour rendre la VAR plus performante ?

J’en parle dans mon livre. Mais pour commencer, tout part d’en haut, des directives, du ton qui est donné. Vous savez pourquoi il y a très peu d’interventions de la VAR en Coupe d’Europe. Parce que les consignes sont de ne pas emmerder les arbitres avec ça.