Dominique Rocheteau : « Dans le foot en général, la valeur de solidarité se perd »

Hommage à une véritable légende de Saint-Etienne et du PSG, à travers cet entretien exclusif. 44 ans après avoir remporté le premier titre avec le club de la capitale.

Dominique Rocheteau : « Dans le foot en général, la valeur de solidarité se perd »

Hommage à une véritable légende de Saint-Etienne et du PSG, à travers cet entretien exclusif. 44 ans après avoir remporté le premier titre avec le club de la capitale.

Dimanche dernier, en marge du match de la 30ème journée contre l’OL (1-2), le PSG a rendu hommage à ses anciens joueurs, notamment ceux, comme Dominique Rocheteau, qui ont grandement participé aux premiers titres remportés par le club. L’occasion de ressortir cet entretien intime avec l’Ange Vert, qui, après ses exploits à Saint-Etienne, a fait le bonheur du club de la capitale. 

Que devenez-vous depuis votre départ de Saint-Etienne, dernier poste occupé dans le football ?

Je suis retraité… Je suis retourné vivre dans ma région natale où j’ai acheté une propriété avec beaucoup de terrain sur lequel nous avons beaucoup d’animaux, dont des chevaux. Ma femme est passionnée de cheval.

Vous n’avez plus de relations avec Saint-Etienne ?

Si bien sûr, j’ai encore beaucoup d’amis là-bas. Saint-Etienne me manque, quand je peux, j’y retourne pour voir des matchs.

« Saint-Etienne me manque »

Vous suivez de près les résultats des Verts bien sûr…

Oui, mais je ne veux pas parler de la situation du club actuellement. C’est un club qui est très important pour moi et je ne veux pas commenter son actualité.

La campagne, la nature et les animaux… C’est finalement le style de retraite qui colle parfaitement à votre personnage…

Je mène une vie calme et tranquille… Je sais que c’est difficile à dire en ce moment, mais j’ai une vie heureuse. Mes enfants viennent me voir, je fais beaucoup de vélo…

Et vous gardez toujours un pied dans le football avec les stages que vous organisez à Royan…

J’avais créé ces stages il y a une vingtaine d’années et j’avais mis tout ça entre parenthèses quand j’ai pris des responsabilités à Saint-Etienne. Puis j’ai décidé de les relancer. C’est important pour moi de transmettre les valeurs qui étaient les miennes pendant ma carrière. Transmettre ma passion. Dans ces stages, il n’y a pas que le terrain… Il y a aussi un côté éducatif.

« Il n’y a plus cette notion de fidélité, les joueurs comme Loïc Perrin deviennent très rares »

Depuis que vous avez arrêté de jouer, vous avez vu le football changer, qu’est-ce qui vous choque le plus ?

C’est sans doute cette notion de fidélité. On voit les joueurs embrasser l’écusson du club après un but, mais ils changent de clubs aussi vite quelques mois plus tard. Il n’y a plus cette notion de fidélité… Loïc Perrin a été un des derniers à défendre cette valeur. Pourtant, il a été sollicité et il aurait pu partir pour gagner plus d’argent ailleurs, mais il est toujours resté fidèle, au prix de sacrifices financiers. C’est un exemple, mais c’est de plus en plus rare. Dans le foot en général, la valeur de solidarité se perd. A l’époque, c’est ce qui nous a permis d’avoir des résultats à Saint-Etienne. Aujourd’hui, c’est un peu chacun pour soi.

Deux clubs ont vraiment compté dans votre carrière, Saint-Etienne mais aussi le PSG, vous êtes content de ce qu’est devenu le club de la capitale ?

C’est vrai que c’est une autre politique, mais c’est un club qui compte beaucoup aussi pour moi. J’aime voir jouer le PSG, je suis le premier supporter du club.

Outre les stages, votre deuxième lien avec le foot, c’est le Variétés Club de France auquel vous êtes toujours fidèle…

Le Variétés, c’est une seconde famille. Je suis fidèle au Variétés et à Jacques (ndlr : Jacques Vendroux), mais je ne joue pratiquement plus au foot, maintenant c’est mon fils qui a pris le relais et qui va jouer avec le Variétés.

Longtemps, ça vous a permis de rester au contact du terrain, des joueurs…

Au Variétés, j’ai fréquenté une génération de joueurs qui je connaissais bien, comme Michel Platini ou Alain Giresse mais aussi d’autres joueurs que je ne connaissais pas, comme Jean-Pierre Orts. Nous avons fait des voyages exceptionnels, toujours dans un but humanitaire. Aujourd’hui, quand j’ai l’occasion de participer, je le fais avec un énorme plaisir.

« J’ai peut-être un regret, c’est de ne pas avoir tenté une expérience à l’étranger, j’ai eu l’occasion d’aller en Angleterre, mais cela ne s’est pas fait.. »

La notion de plaisir restera toujours le maitre mot pour évoquer votre carrière…

C’est une valeur très importante. C’est aussi ce que nous voulons transmettre dans les stages. Il y a le travail qui est important, mais il ne faut pas oublier le plaisir, la passion. Durant toute ma carrière, je n’ai pas eu l’impression de faire un métier, mais de m’amuser.

Vous avez des regrets dans votre carrière ?

Non aucun…

Même de ne pas avoir pu jouer la finale de la Coupe d’Europe contre le Bayern en 76 ?

Non… Bien sûr, j’aurais voulu pouvoir jouer (ndlr : blessé à la cheville il a participé aux dix dernières minutes de la finale perdue 1-0). Comme à Séville avec les Bleus, on est passé tout près d’une finale de Coupe du Monde. Mais tout cela fait partie de ma carrière, j’ai fait avec. J’ai eu la chance de jouer trois Coupes du monde, de jouer dans des grands clubs. (Il réfléchit) J’ai peut-être un petit regret, c’est de n’avoir jamais tenté ma chance à l’étranger. J’ai eu une l’occasion de partir en Angleterre, mais finalement cela ne s’est pas fait. A l’époque, on ne partait pas à l’étranger aussi facilement qu’aujourd’hui…