Demba Gaye (vice-président de Villemomble sports ») : « Ne nous oubliez-pas »

Demba Gaye (vice-président de Villemomble sports ») : « Ne nous oubliez-pas »
Les U18 de Villemomble, dont beaucoup sont arrivés au club très jeunes, joueront un match pour la montée en R2, le 10 mai contre le Colombienne (photo : Villemomble Sports)

Entretien passion avec un dirigeant d’un des nombreux clubs amateurs, socle de la formation en Île-de-France. 

Vice-président de Villemomble Sports, depuis quatre ans, Demba Gaye nous parle de son club sans retenu. Egalement éducateur, ce passionné, fier de l’école de foot du club du 93, là où un certain Maghnes Akliouche a appris le football (avant de partir pour Torcy, puis de signer à Monaco). Pour Demba Gaye, qui se souvient des heures glorieuses du club entraîné par Alain Mboma, et qui jouera en National, la priorité est de prendre soin le mieux possible des jeunes, avant de penser à renouer avec le lustre d’antan. La difficulté à garder ses jeunes, la volonté de leur proposer l’excellence, le rôle des anciens… ce passionné au service de son club, parle des problèmes ordinaires d’un club d’Ile-de-France, dont l’ADN est la formation. 

D’un point de vue général, comme se passe cette saison ?

On fait une bonne saison chez les séniors, où on côtoie le haut de tableau. Après un début un peu compliqué, avec beaucoup de matchs nuls. Par manque d’efficacité. Ensuite ça a été beaucoup mieux, on a enchainé des victoires. On est 3ème, mais à 15 points de Chevilly-la-Rue, qui est une belle équipe. S’ils sont premiers, avec autant d’avance, ce n’est pas pour rien, c’est une expérimentée, solide…

« La priorité, ce sont les jeunes, on a une très belle école de foot »

En 2007/2008, Villemomble jouait une saison en National… Aujourd’hui, quelle est l’ambition du club, qui évolue en R2  ? 

La priorité, c’est de restructurer le club chez les jeunes. L’école de foot, mais aussi la compétition. Vous l’avez dit, Villemomble a longtemps été en, ce qu’on appelait à l’époque « DH », avec la montée, avec Alain Mboma, jusqu’en National. Avec l’ancien président, le regretté Victor Pezzali, qui a fait un magnifique travail, en ramenant notamment des éducateurs qualifiés, qui ont beaucoup contribué pour le club. Aujourd’hui nous sommes en Régional 2, en essayant d’abord de nous restructurer, de travailler à partir des jeunes. La plus part des joueurs qui évoluent en équipe première sont des joueurs formés au club. C’est l’ADN du club. 

L’ambition chez les séniors est définitivement abandonnée ?

On verra si dans un deuxième temps on peut essayer d’être ambitieux en séniors, mais ça coute beaucoup d’argent. Dans un premier temps, on est dans un processus de stabilité. Après, il faut les moyens pour accéder au plus haut niveau. Plus on monte, plus il y a des exigences financières. Aujourd’hui, notre priorité, c’est de bien équiper nos jeunes. Bien équiper nos éducateurs aussi. 

Former des jeunes, qui pour beaucoup, finissent par aller voir ailleurs, ce n’est pas un peu frustrant parfois ?

Notre soucis, c’est la stabilité. Les parents changent souvent de club. Ce n’est plus comme avant, nous étions dans la stabilité, pour une progression des jeunes. Aujourd’hui, nous perdons beaucoup de jeunes, c’est un constat. Ce sont des jeunes de qualité qui s’en vont voir ailleurs. Nos équipes de jeunes en pâtissent, on doit beaucoup jouer le maintien. Cette année, on a une équipe de U18 qui va peut-être monter (les U18 sont deuxièmes du groupe D de R3, à 2 points de La Colombienne, qu’ils reçoivent le 10 mai). Il y a nos seniors 2 qui vont peut-être valider leur montée, la senior 3 peut aussi monter, ce qui ferait trois équipes. Il y a aussi les vétérans qui se comportent plutôt pas mal. Nous sommes juste en difficultés sur les équipes U16, U14 où nous sommes en train de jouer le maintien. 

« Les éducateurs, il est important de les fidéliser et de les récompenser »

L’Île de France est un formidable vivier de talents, mais il y a aussi beaucoup de clubs qui ont de très belles équipes de jeunes…

C’est exactement ça, le mot « nationaux » fait rêver. Des clubs comme Montfermeil, Torcy… attirent nos jeunes forcément. Drancy, Bobigny aussi. Les meilleurs partent pour tenter leur chance au niveau « national »…

Votre budget, ce sont essentiellement des subventions ? Vous savez des partenaires ? 

Nous avons les subventions de base, et nous avons aussi quelques partenaires, qui travaillent avec nous depuis longtemps. Nous n’avons pas beaucoup de sponsors, mais quelques partenaires qui sont toujours fidèles ( ndlr : Eat Sushi Villemomble, STB Evolution, société de Travaux du bâtiment). C’est très très compliqué. On doit se battre pour bien payer nos éducateurs. Il faut les fidéliser. Ils sont avec nous depuis des années. Ce sont des éducateurs d’expérience, qui ont toujours été au club, d’abord comme joueur pour certain. Ils transmettent leur savoir. Il est important de les fidéliser et de les récompenser. C’est ce que nous faisons avant tout.

Avoir « une très belle école de football », pour un club comme Villemomble, c’est d’abord avoir des bons éducateurs, des bons terrains pour accueillir les enfants…

Exactement. C’est exactement ça. Nous avons deux sites sur Villemomble. Le stade Alain Mimoun et le stade Claude Rippert qui se situe au centre ville de Villemomble. Comme nous sommes un club formateur, il y a pas mal de joueurs qui sont passés par chez nous et qui sont dans des clubs pro. Le plus célèbre étant Maghnes Akliouche. C’est le symbole de la formation.

« J’aimerais que ceux qui ont réussi continuent d’accompagner leur club formateur »

C’est un peu la vitrine du club…

Nous sommes très fier de voir Akliouche, et d’autres, comme Alex Daho aussi, qui est passé chez nous et qui est actuellement à Dunkerque, ça nous fait aussi de la publicité. Quand Akliouche a été appelé en Equipe de France, on est venu faire des reportages, filmer les gamins, ça donne une belle image du club. 

Une belle image, mais pas forcément des moyens…

Ce que j’aimerais surtout, c’est que tous ces joueurs continuent d’accompagner leur club formateur. En sachant que ces clubs, Villemomble comme beaucoup d’autres en région parisienne, ont beaucoup de difficultés à aider ces jeunes-là à grandir. Que ce soit par les éducateurs, les structures ou les moyens de transport. Il faut savoir qu’aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens d’organiser au mieux les transports des enfants, avec des mini-bus. Ce sont souvent les parents qui accompagnent les enfants. Les joueurs professionnels, qui ont réussi, peuvent aider leur club, sous forme de dons, qui en plus se déduisent des impôts. Ils doivent se dire qu’avant, ce sont eux qui étaient dans les voitures de ces parents pour aller aux matchs… Ils peuvent aussi offrir des maillots, des équipements, qui font plaisir aux gamins, aux éducateurs. C’est le message que je voudrais faire passer. Pas seulement pour Villemomble, mais pour tous les clubs formateurs. Que tous ces jeunes, qu’on accueille dès leur 6 ou 7 ans, n’oublient pas d’où ils viennent, qu’ils fassent des petites choses comme ça, pour soutenir les clubs amateurs. 

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