Au CO Vincennes, les vraies valeurs du foot avant l’appât du gain

Directeur Sportif du CO Vincennes, un club qui travaille bien, William Mhadjou défend des valeurs de plus en plus rares.  

Au CO Vincennes, les vraies valeurs du foot avant l’appât du gain
L'équipe première a obtenu son maintien lors de la dernière journée (photo : covincennes.com officiel - DR)

Directeur Sportif du CO Vincennes, un club qui travaille bien, William Mhadjou défend des valeurs de plus en plus rares.  

Avec 1200 licenciés, répartis dans toutes les catégories, le CO Vincennes fait partie de ces gros clubs d’Ile-de-France qui travaillent bien. Dans la commune du sud-est de la capitale, connue pour son château, le club créé au lendemain de la deuxième guerre mondiale développe les vraies valeurs du football, avec une école de foot à la très bonne réputation, et une formation rendue célèbre par des joueurs comme Blaise Matuidi (champion du monde 2018), Yacine Brahimi, Arnaud Souquet, ou Soualiho Meité… Après avoir conclu une saison compliquée sportivement (les séniors ont sauvé leur place en R2 lors de la dernière journée), William Mhadjou, directeur sportif du club du Val-de-Marne regrette l’évolution que prend la formation.

« La course aux résultats passe en premier »

Avoir des résultats, c’est de plus en plus compliquée…

Ce qui est malheureusement à souligner, c’est cette course aux résultats de plus en plus présente. Les joueurs changent de clubs très souvent, c’est difficile d’avoir une continuité. Le modèle sportif aujourd’hui, c’est de mettre de l’argent en séniors et de recruter chez les jeunes, en promettant des choses. Il n’y a pas de construction, pas de projet. Les clubs d’élite recrutent chaque année une vingtaine de jeunes et il y en aura 5 ou 6 qui vont performer.  C’est très rare de voir un club avec des séniors et des jeunes qui performent. C’est très difficile de concilier les deux.

Le CO Vincennes se distingue de ce cliché…

C’est très difficile d’exister quand vos meilleurs jeunes partent chaque année. On essaye de forger une autre mentalité, mais on n’est pas dans l’air du temps… Attention, je ne veux surtout pas donner des leçons. C’est toujours délicat de trouver le bon ton. 

« Est-ce qu’on rend service aux gamins en leur faisant faire 5 entraînements par semaine ? »

Parlez-nous de votre philosophie…

Au CO Vincennes, on veille à assumer le même accueil pour tous les licenciés. On prône des valeurs, à transmettre au niveau éducatif, au niveau foot, et après, il y a les résultats, même s’ils sont importants. Aujourd’hui les résultats passent avant tout, même chez les tout-petits. Quand j’explique cette philosophie à des jeunes éducateurs, aux parents, j’ai le sentiment d’être complètement « has-been ». Je l’assume, mais c’est comme ça. Par exemple, j’ai eu un message d’un parent, qui me dit qu’il va enlever son enfant, âgé de 9 ans, petit gabarit, bon dribbleur… Le gamin, il est en U10, il s’amuse, il joue avec ses copains. Tout le monde est pressé, tout le monde veut aller vite. Ils sont dans l’attente immédiate de quelque chose. Les valeurs du travail que l’on m’a inculquées, c’est qu’il faut apprendre, tomber, se relever…

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Il y a quand même de plus en plus d’éducateurs qui pensent ça. Qui mettent en avant que dans « éducateur », il y a « éduquer », dans « école de foot », il y a « école »… 

Il y a plein de chose à apprendre, comme la gestion des émotions par exemple… Mais les parents veulent aller trop vite… Ma volonté est juste d’éveiller un peu les consciences. Ce n’est pas de faire la morale ou de se sentir plus intelligent que les autres, absolument pas. Est-ce qu’on rend service à tous ces gamins en leur faisant faire cinq entraînements par semaine ? En les changeant de club… 

(Avec Ousmane Sow)