Agent de joueurs : Stéphane Canard (pdt UASF) nous dévoile les coulisses des transferts

INTERVIEW EXCLUSIVE - Président de l'Union des agents sportifs français, Stéphane Canard décrypte ce monde si particulier et dénonce ses dérives.

Agent de joueurs : Stéphane Canard (pdt UASF) nous dévoile les coulisses des transferts

INTERVIEW EXCLUSIVE - Président de l'Union des agents sportifs français, Stéphane Canard décrypte ce monde si particulier et dénonce ses dérives.

Un peu plus d’un mois et demi avant l’ouverture du marché des transferts, Stéphane Canard nous en dit plus sur la profession d’agent de joueurs et la règlementation des transferts. Le président de l’UASF (Union des agents sportifs français) qui a créé cc syndicat (un terme qui ne lui plait pas trop) pour codifier et faire respecter la profession, dénonce toujours les « faux agents », qu’il appelle « usurpateurs » ou « imposteurs », qui nuisent à la profession. 

Stéphane Canard, quel est votre combat à travers l’UASF ?

Quand nous avons créé l'UASF, avec Pape Diouf et Philippe Flavier (ndlr : en 2023), c’était pour faire en sorte que les agents soient reconnus comme un élément de l’activité football. A l’époque, tout le monde était licencié, excepté les agents. Les arbitres étaient licenciés, le joueurs étaient licenciés, les dirigeants… Mais pas les agents. Je voulais absolument, et je veux toujours absolument, que notre profession soit reconnue. Après, ce n’est pas parce qu’on est reconnu qu’on n’a pas, en notre sein, des gens qui ne respectent pas la règlementation. Comme dans toutes les professions. Mais si en plus, on a une concurrence déloyale, avec des gens qui, sous prétexte qu’ils conseillent des proches, agissent dans les transferts…

« Des usurpateurs qui détruisent l’image de notre métier »

Lutter conte ce que vous appelez de la « concurrence déloyale », reste votre grand combat…

Les journalistes ont leur part de responsabilité. Quand ils évoquent des gens qui exercent illégalement ce métier, ils l’appellent « faux agent ». Certes, il y a « faux », mais il y a aussi « agent ». Alors que, pour moi, la définition exacte de ces gens là, ce sont des usurpateurs ou des imposteurs. A ce rythme-là, je peux très bien devenir pharmacien. J’achète une croix verte dans une casse, je la mets sur une grange, j’achète des médicaments sur internet et je les revends…  On a une profession réglementée et au nom de ça, on a des devoirs et des droits. Certains journalistes, qui ne font pas très bien leur travail, véhiculent une image déplorable de l’ensemble du monde des agents, dans lequel ils mettent des « faux agents ». Malheureusement, ça participe à faire l’opinion publique.  Le problème, c’est que, sous prétexte d’avoir des informations de premier niveau, certains journalistes acceptent de discuter avec des usurpateurs, qui phagocytent notre métier. Qui détruisent l’image de notre métier. 

Aujourd’hui, peut-être même encore plus en région parisienne, il y a plein de gamins conseillés par des anciens éducateurs, ou des gens qui sont dans leur cercle proche, qui peuvent revendiquer certains droits… C’est un élément que vous prenez en considération ?

Bien sûr.

Ces gens-là peuvent aller jusqu’à demander une commissions…

Moi, je refuse catégoriquement. Depuis que je fais ce métier, j’ai refusé toute compromission. Ça ne m’intéresse pas. Que des gens, qui ont des relations intimes avec un joueur ou une famille, souhaitent « participer », entre guillemets, bénévolement, à une discussion, il n’y a pas de problème. Mais que ce soit dans une optique financière, là je ne suis pas d’accord.

Joueur ? Club ? Conseillés ? Les commissions sont règlementées

C’est handicapant pour votre métier ce type de demande ?

Ce n’est pas mon problème en fait. Si la famille du joueur souhaite donner de l’argent à cette personne, ils voient ça ensemble. Sous prétexte d’un accompagnement, si certaines personnes souhaitent avoir un intérêt financier, cela n’est passion problème. Si la famille accepte de verser de l’argent à quelqu’un sur le salaire du joueur, c’est son problème, ce n’est pas le mien. 

Justement quelle est la réglementation exacte dans le cadre d’un transfert ?

En France, c’est clair. Que ce soit payé par le club ou payé par le joueur, c’est fiscalisé. Quand je signe un contrat avec le joueur, il est spécifié qu’il doit payer la commission de l’agent. Mais il y a des contrats « tripartite » qui stipulent que le club se substitue au joueur pour payer la commission de l’agent. Sur cette commission, et c’est très important, le club va payer des charges. Et cette somme, payée par le club à la place du joueur, est inscrite dans le contrat comme « avantage en nature ». Ce qui veut dire que le joueur va payer des impôts dessus. C’est clair. 

Cette règle peut être détournée…

Il y a certains agents, qui ne respectent pas la loi. Qui prennent un joueur sous contrat, qui signent le contrat, ne déposent pas le contrat. Ce qui leur permet, lorsqu’ils négocient avec un club, d’obtenir un mandat club. Et ça c’est illégal.

L’obligation de reverser des commissions sur la commission peut nuire à un transfert ?

A une époque, il y avait beaucoup de gens qui gravitaient autour des joueurs, il y en a encore… Mais aujourd’hui, les services de l’état sont très attentifs à tout ce qui se passe. Ils interviennent assez rapidement. Aujourd’hui, le service central des courses et jeux, qui s’occupe de ça, fait très bien son travail. Si le joueur estime qu’il ne gagne plus assez d’argent sur le transfert en raison de sommes qu’il doit reverser à des proches, c’est son problème, ce n’est pas le mien. Ces joueurs devraient être sanctionnés. Je vais même plus loin : je pense que la fédération ou la Ligue devrait pouvoir suspendre les licences des joueurs qui pratiquent ce genre de choses. 

Aujourd’hui, le combat des agents, ça concerne essentiellement ce type de pratiques ?

On ne veut pas être confrontés à une concurrence déloyale. On essaye de défendre notre profession au mieux. On n’est pas force de police, mais quand il y a des  procès liés à un exercice illégal de la profession, on se porte partie civile. A chaque fois que l’on peut, et on continuera à le faire. 

On s’est battu aussi contre les avocats mandataires sportifs, qui essayaient de passer en catimini, de faire passer des contrats leur permettant d’intervenir dans les transactions comme s’ils étaient des agents. On a gagné en appel, puis en cassation. Quand il faut défendre notre profession, on le fait. Faire intervenir des avocats dans une transaction, c’est bien sûr tout à fait logique. Mais que certains, au nom de leur client, aillent prospecter des clubs, non. 

« Il y a beaucoup de joueurs qui disent ne pas avoir d’agent, mais qui sont conseillés par leur entourage »

Vous dénoncez la prolifération des agents, beaucoup trop nombreux selon vous…

Avec le Ministère, on souhaitait limiter le nombre d’agents. On estimait qu’au delà de 100 agents, on tombait dans le déraisonnable. Ça n’a pas été possible. On a débordé. Aujourd’hui, on a 1200/1300 joueurs professionnel et on a plus de 600 agents, vous avez une trentaine de nouveaux agents tous les ans. Ça veut dire qu’on a environ un agent pour deux joueurs. Je pense que si la fédération a accepté qu’il y ait autant d’agents, c’était diviser pour mieux régner. A l’étranger, les gros cabinets d’agents sont très puissants, en France, la réglementation est beaucoup plus stricte. On n’a pas le droit par exemple de prendre une commission sur le transfert d’un mineur, à l’étranger, oui. On n’a pas le droit d’avoir un double mandat (joueur et club), les commissions sont plafonnées, etc…

Quand il est question de transferts, vous êtes en première ligne…

Aujourd’hui, les seuls qui risquent d’être sanctionnés, ce sont les agents. Les clubs ne sont jamais sanctionnés, les joueurs non plus. Le rôle du syndicat des joueurs devrait être primordial, pour éduquer les joueurs. Ils essayent, mais ils n’y arrivent pas. La preuve : il y a beaucoup de joueurs qui disent ne pas avoir d’agent, mais qui sont conseillés par leur entourage. 

On parle beaucoup de la crise financière du football français, ça a un impact fort sur votre profession ?

Non. Vous parlez de crise, en France en particulier, mais dans le monde, la crise n’existe pas. Vous pouvez lire le Livre « FIFA connections », de Simon Bolle (ndlr : chez Flammarion), il y a quand même des organismes qui s’enrichissent très facilement. 

Le 10 juin, vous organisez la deuxième édition du « Forum Mercato », c’est pour apaiser toutes éventuelles tensions ?

Ça permet de montrer notre volonté, en tant qu’UASF de mettre en relation les parties… On invite les clubs, les agents, même ceux qui ne sont pas affiliés à l’UASF. On finance ce salon qui va dans l’intérêt du football.